🖋️ « Cette odeur que je sens tout d’un coup en entrant dans cette maison où certes je ne venais pas chercher…
🖋️ « Cette odeur que je sens tout d’un coup en entrant dans cette maison où certes je ne venais pas chercher de la beauté, mais je la reconnais ! C’est l’odeur de certaine maison que nous habitions au bord de la mer, une irritante villa tout en bois où dès que je rentrais je sentais cette odeur spéciale, et où j’ai été si triste, où tout me présentait si peu de beauté. Mais elle enveloppait ma vie de son arôme peu agréable. Dès que, ayant poussé la petite porte et traversé le vilain petit jardinet du bord de la mer, j’entrais dans la maison, c’est accueilli par cette odeur, suivi par elle, que je montais les marches de bois qui craquaient sous les pieds, que je changeais mes vêtements dans ma chambre, qu’à la lampe, que notre cuisinière dépaysée, faisant office de tout, ne savait pas bien allumer, je lisais, puis que je dînais en tête à tête avec ma mère. Toute cette vie, toutes ses attentes, ses ennuis, sa faim, son sommeil, son insomnie, ses projets, ses tentatives de jouissance esthétique et leur échec, ses essais de jouissance sensuelle et leur brusque terminaison, ses essais de captation d’une personne qui plaît et leur dérisoire enlisement, cette odeur a enveloppé tout cela. » 🏡🌬️
C’est si curieux de découvrir ici et là, dans un récit à la 3ème personne, quelques passages qui disent « je » et qui ressemblent tant déjà à la Recherche, sans pour autant en faire partie. On a parfois l’impression, en découvrant « Jean Santeuil », de lire des pages inédites de « À la recherche du temps perdu ». 📚✨
— Marcel Proust, « Jean Santeuil » (partie Beg-Meil), @quarto_livres p. 462-463

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