Dans les années 1920, on a souvent reproché à Proust de n’avoir pas une écriture classique.
Dans les années 1920, on a souvent reproché à Proust de n’avoir pas une écriture classique. Des critiques malintentionnés ont voulu l’exclure ⛔️ du champ littéraire français pour cibler sa judéité et la construction « talmudique » de son style. C’est ce que documente, entre beaucoup d’autres 📚, @enoitan dans son très bel essai « Proust du côté juif » paru en 2022 @editions_gallimard .
A contrario, on a dit de Benjamin Constant (né à Lausanne) que son écriture était « classique mais sans le tour classique » (je cite Charles Du Bos via Wikipedia). 🤔
C’est à n’y plus rien comprendre ! 😵💫 Et l’on voit bien que l’adjectif « classique » connote le plus souvent une appartenance ou une exclusion du domaine de la littérature nationale. À supposer que la littérature française classique, celle du XVIIè s. au sens strict, soit uniforme… ce qu’elle n’est pas, bien évidemment. 🤷🏻♂️
Proust est un moraliste et, à ce titre, les liens entre son œuvre et le « Grand Siècle » sont nombreux. Il cite dans son roman et sa correspondance de nombreux modèles du XVIIè s. : Racine, Molière, La Bruyère, Mme de Lafayette, Mme de Sévigné… 💜
Benjamin Constant est un peu l’archétype de l’écrivain romantique. Héritier de Rousseau, contemporain de Chateaubriand, engagé politiquement : comme Proust, il a basculé littérairement entre l’essai de morale (politique, religieuse) et le roman d’inspiration autobiographique. « Adolphe » est considéré comme son chef d’œuvre. 🖋️
La prose de Benjamin Constant serait donc celle d’un romantique classique malgré lui ; celle de Marcel Proust, celle d’un classique juif malgré lui. 🙄
Qualifier un style, c’est limiter le prisme qui nous permet de l’apprécier. C’est peut-être pour cette raison que Proust privilégiait l’image poétique (la métaphore, la métonymie) et l’accumulation d’adjectifs parfois contradictoires : pour éviter de poser une étiquette inamovible sur les choses, les lieux, les personnages. 🔖
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Enfin, comme elle ne m’en disait pas un mot, je me déterminai à rompre le silence, et je commençai en rougissant, en baissant les yeux, et d’une voix fort
émue :
— Vous serez peut-être étonnée, lui dis-je, de la démarche que je fais. Je serais bien fâché de vous avoir donné contre moi des impressions défavorables par une chose que je ne vous aurais pas confiée, si votre affection si douce pour moi ne m’y avait encouragé; l’aveu que je vous ai fait et dont votre silence me fait craindre que vous ne soyez blessée, m’a été arraché par un mouvement irrésistible de confiance en vous.
Je disais tout cela en m’arrêtant
à chaque mot, et sans regarder Mme Saurin. Comme pourtant elle ne répondait point, je levai les yeux, et je vis par son air de surprise qu’elle ne concevait rien à ma harangue.
Je lui demandai si elle n’avait pas reçu ma lettre. Il se trouva que non. »