Après avoir évoqué sa lecture des Nourritures terrestres de Gide, de L’Homme révolté de Camus et les…
Après avoir évoqué sa lecture des Nourritures terrestres de Gide, de L’Homme révolté de Camus et les Illuminations de Rimbaud 📚, Françoise Sagan, qui avouait avoir emprunté à « la Recherche » son nom de plume, rend à Marcel Proust l’hommage qu’elle lui doit :
🖋️ « J’ai connu beaucoup de gens depuis qui n’avaient pas pu lire Proust parce qu’ils « n’y arrivaient » pas, parce que Swann, le fameux Amour de Swann qu’on leur mettait entre les mains les déconcertait et les ennuyait 🥱. Et je crois que, moi-même, si j’avais commencé par les amours d’Odette et l’enfance du narrateur, j’aurais eu beaucoup plus de mal à pénétrer ces interminables domaines 😵💫. Avec Albertine disparue, je rentrais d’emblée dans le drame, je commençais par la seule péripétie de toute l’œuvre proustienne, le seul événement, le seul accident, la seule fois où Proust donne la voix au hasard et où le hasard se présente sous la forme d’un télégramme : « Mon pauvre ami, notre petite Albertine n’est plus, pardonnez-moi de vous dire cette chose affreuse, vous qui l’aimiez tant. Elle a été jetée par son cheval contre un arbre pendant une promenade... » 💔 Je commençai par cette phrase et je tombai après à pieds joints dans un chagrin et un désespoir étiré jusqu’à la folie et inexorablement ressassé, commenté, fouaillé par le Narrateur. C’est par ce chemin-là que j’ai fait aimer Proust à de nombreux amis découragés par Swann et qui furent, comme moi, pris à la gorge par Albertine disparue. » ❤️🩹
🗳️ Et vous, par quel bout de phrase avez-vous plongé dans Proust ?
Françoise Sagan,
Avec mon meilleur souvenir,
@editions_gallimard 1984,
@editionsfolio 1985, pp. 148-149
👇🏻 La suite de la citation est en commentaire 👇🏻
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Qu’écrire demande un talent précis et précieux et rare — vérité devenue inconvenante et presque incongrue de nos jours ; au demeurant, grâce au doux mépris qu’elle éprouve pour ses faux prêtres ou ses usurpateurs, la littérature se venge toute seule : elle fait de ceux qui osent la toucher, même du bout des doigts, des infirmes impuissants et amers — et ne leur accorde rien — sinon parfois, par cruauté, un succès provisoire qui les ravage à vie. »