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🖋️ « C’est à la même époque que je rencontrai pendant mes vacances à Cabourg 🌤️ un homme dont l’étrangeté…

🖋️ « C’est à la même époque que je rencontrai pendant mes vacances à Cabourg 🌤️ un homme dont l’étrangeté m’attira et je voulus, selon ma coutume, faire sa connaissance. Un de mes amis, plus âgé que moi, me présenta à cet homme qui se promenait parfois le soir dans les salles du casino. Il se nommait Marcel Proust. (…) 👨🏻

Marcel Proust réussit toujours à m’étonner. Vers six heures du soir, au coucher du soleil 🌅, on apportait sur la terrasse du grand hôtel de Cabourg un fauteuil de rotin. Pendant quelques minutes, ce fauteuil restait vide. Le « personnel » attendait. Puis Marcel Proust s’approchait lentement, une ombrelle 🌂 à la main. Il guettait sur le seuil de la porte vitrée la tombée de la nuit. Lorsqu’ils passaient près de son fauteuil, les grooms 🤵🏻‍♂️ se parlaient par signes comme les sourds-muets. Puis les amis de Proust s’approchaient. Ils parlaient d’abord du temps et de la température. À cette époque — c’était en 1913 — Marcel Proust craignait ou semblait craindre le soleil ⛱️. Mais c’est le bruit surtout qui lui faisait horreur. 🫨

Tous les habitants de l’hôtel racontaient que M. Proust avait loué cinq chambres au prix fort. 💸 L’une pour y habiter, les quatre autres pour y « enfermer» le silence. 🤐

Quand, fasciné, je m’approchais de lui pour le regarder, il m’adressait la parole parce qu’il avait appris que j’étais le fils d’une de ses jeunes filles en fleurs. 🌺 Il me parlait souvent d’un cours de danse 👯‍♀️ qui se donnait dans un appartement de la rue de Ville-l’Évêque.

— C’est là que j’ai rencontré votre mère, votre tante, elle s’appelait Louise, n’est-ce pas ? Je vois ses yeux, les seuls dont on pouvait dire qu’ils étaient violets. 👀☔️

Il parlait beaucoup de sa jeunesse, des coïncidences, des rencontres, des regrets. Son sourire était jeune, ses yeux profonds, son regard las, ses gestes lents. Bien sûr, j’ignorais qu’il écrivait. Il ne parlait jamais de son œuvre. C’est pourtant à cette époque qu’il écrivait À la recherche du temps perdu. » 📚🕰️🛌

— Philippe Soupault, Profils perdus, 1963
@editionsfolio p. 38-39

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Commentaires 15

Sur Instagram

  • B
    @berthier_pierre22 mars 2024 · 1
    🩶🩶🩶🩶🩶
  • G
    @guyclaudeagboton22 mars 2024 · 3
    Mais c'est un beau texte!😍
  • V
    @vgamulin22 mars 2024 · 2
    C'est magnifique merci de nous transmettre ce texte.
  • A
    @art_atelier.paris.le.faulq22 mars 2024 · 3
    Plus que touchant… traversant… Avec ce « regard las » …. qui enfermait le silence…❤
  • P
    @philippeauxemery22 mars 2024 · 2
    Effectivement, quel beau texte ! Cette économie de mots ....
  • J
    @julia_bossque_przybora22 mars 2024 · 1
    Ah jadoooreeee❤
  • A
    @avramesco400122 mars 2024 · 1
    ❤
  • L
    @lion7745522 mars 2024 · 1
    Merci beaucoup pour ce partage !
  • P
    @pierrehondaa23 mars 2024 · 2
    Très joli témoignage !
  • 2
    @205pigeon24 mars 2024 · 1
    Merveilleuse écriture !!!!!
  • C
    @cramer_8.824 mars 2024 · 1
    👏
  • H
    @hermine325 mars 2024 · 1
    🙌👏😍
  • C
    @christianebizalion26 mars 2024 · 2
    Quel charme dans cette écriture, quelle clarté dans ce récit qui coule de source et devient en cela fort littéraire et intéressant de par les précisions qu’il donne de sa rencontre fortuite avec ce monument de la littérature qu’est Marcel Proust !
  • S
    @samarehtano20 avril 2024 · 1
    ❤👏
  • S
    @samarehtano18 mai 2024 · 1
    🔥🙌♥️👌👌👌🌹

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