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🖋️ « Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

🖋️ « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles Quint. »

Proust commence le roman par une scène d’endormissement 🛌, ou de réveil, ou de flottement entre le rêve et l’éveil. Il y en aura d’autres, comme le premier réveil à Balbec, les matinées dans l’hôtel de Guermantes 🪟 ou plus tard le retour près de Combray, chez Gilberte, dans l’ancienne demeure de Swann du côté de Méséglise 🌳🌳.

Plus généralement, pour le narrateur de « la Recherche », les impressions corporelles ne sont pas séparées de celles de la conscience et souvenez-vous : c’est une sensation de déséquilibre sur deux pavés 👞 mal équarris qui provoque la déflagration intérieure nécessaire à l’apothéose finale.

Mais ces premières phrases ne sont-elles pas étranges ? Ne posent-elles pas d’emblée la question de l’illusion, du récit que notre conscience se fait à elle-même et de l’absence de continuité de notre moi ?

Que signifie cette idée finale : « il me semblait que j’étais (…) une église » 💒. Soit. « (…) un quatuor ». Pourquoi pas. « (…) la rivalité de François Ier et de Charles Quint. » … Quoi, comment ?! « Il me semblait que j’étais (…) la rivalité ». Ni Charles Quint, ni François Ier mais la rivalité. Le lien, l’entre-deux. 🪢

La logique de cette métaphore est des plus curieuses, et pourtant elle emprunte le langage propre aux rêves 🧠. Déjà, on y trouve toute la personnalité si particulière du narrateur.

Et vous, quelle est votre phrase préférée de « la Recherche » ? 🗳️

#ÀlaRechercheduTempsperdu #MarcelProust #proustagram #Balbec #RTP #pléiade #Gallimard #NRF #Proust #LeTempsretrouvé #DucôtédechezSwann

Commentaires 9

Sur Instagram

  • P
    @proustagram18 mai 2025 · 2
    Et les trois connecteurs temporels consécutifs en débuts de phrase : « Longtemps », « Parfois » et « une demi-heure après », on en parle ou pas ?! 😅
  • P
    @proustbrasil18 mai 2025 · 1
    "le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas! comme les annéess." ❤️
  • T
    @tatiana_de_courbevoie18 mai 2025 · 1
    Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination!
  • A
    @art_atelier.paris.le.faulq18 mai 2025 · 3
    ❤️..." Il en est des plaisirs comme des photographies. Ce qu'on prend en présence de l'être aimé n'est qu'un cliché négatif, on le développe plus tard, une fois chez soi, quand on a retrouvé à sa disposition cette chambre intérieure dont l'entrée est condamnée tant qu'on voit du monde" ... ( À l'ombre des jeunes filles en fleurs, je crois ...) Révélateur n'est-ce pas ;) ?
  • G
    @gregor49919 mai 2025 · 1
    Outre le début de "du côté de chez Swann", un de mes passages préférés est le début de "le côté de Guermantes", lorsque le narrateur décrit la préparation et la toilette de la duchesse de Guermantes. Où Oriane est l'image d'un cygne qui n'a pas conscience qu'il est un dieu.
  • D
    @dub_ze_cactus_19 mai 2025 · 1
    Parce que 🔥
  • P
    @patrickm186820 mai 2025 · 2
    « Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir »
  • D
    @dub_ze_cactus_20 mai 2025 · 1
    🔥
  • P
    @paul_ammann_16 juillet 2025
    Sie belebte sich, der Himmel wurde zu einem Fleischrot, das ich besser zu sehen versuchte, indem ich meine Augen an die Scheibe drückte, denn ich spürte darin eine Beziehung zum Daseinsgrund der Natur, doch da die Bahngleise die Richtung änderten, wendete sich der Zug ab, die morgendliche Szenerie im Rahmen des Fensters wurde durch ein nächtliches Dorf mit vom Mondschein blauen Dächern ersetzt, mit einem vom opalenen Perlmutt der Nacht verrußten Waschhaus, unter einem noch sternenübersäten Himmel, und ich war betrübt, meinen rosa Himmelsstreifen verloren zu haben, als ich ihn von neuem, doch nun schon rot, im gegenüberliegenden Fenster bemerkte, das er bei der nächsten Biegung der eisernen Spur wieder verließ; so dass ich meine Zeit damit verbrachte, von einem Fenster zum anderen zu laufen, um die unregelmäßig, in entgegengesetzter Richtung auftauchenden Bruchstücke meines schönen scharlachfarbenen, wankelmütigen Himmels einander anzunähern, auf eine neue Leinwand zu ziehen und so eine Gesamtansicht und ein fortlaufendes Gemälde davon zu erhalten.
    Proust, Marcel. Auf der Suche nach der verlorenen Zeit. Band 2: Im Schatten junger Mädchenblüte: Reclam Bibliothek (S.312-313). Reclam Verlag.

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