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đïž Â«Â Ă nos pieds, il y a une Ă©troite plage blonde, humide encore, entre des rochers percĂ©s et repercĂ©s par la vague, qui portent Ă leur base une plinthe bleue de petites moules serrĂ©es. Plus loin, câest la mer qui reflue Ă cette heure et dĂ©couvre des roches chauves, cornues. Il nây a pas, Ă perte de vue, un seul dĂ©tail qui trouble ou avilisse de dĂ©cor breton, pas un orage dans le ciel, pas une chevelure de varech ni une frange dâĂ©paves au bord du flot, pas une maison sur la cĂŽte, sauf celle-ci, celle de Jean, grise et basse entre un bois clairsemĂ©, une nappe de gĂ©raniums rouges et un prĂ© maigre qui descend Ă la plage, fleuri dâĂ©glantiers, dâĆillets roses secs et parfumĂ©s et dâajoncs oĂč siffle le vent.
Câest un lieu sans prix, tout au bord de la terre quâil semble fuir, rĂ©fugiĂ© contre la mer, et effritĂ© selon son caprice. La marĂ©e haute le diminue jusquâĂ nâen laisser quâune dentelle Ă©troite de sable, de rocs et de verdure, puis elle concĂšde en se retirant un domaine instable de plages, de rĂ©cifs jamais sĂ©chĂ©s, de lacs minuscules et peuplĂ©s dont lâeau amĂšre frĂ©mit incessamment, fouillĂ©e par la pince du crabe et du homard, le coup de queue de la crevette et du loup de rocher.
(âŠ) enfin Jean lui-mĂȘme, fier de mes Ă©tonnements, doux et demi-nu comme un faune⊠chaque jour, il descendait vers la mer, adulĂ© par mon regard, et son pas balançait, sur ses reins, les moires dâombre, le V musclĂ© et magnifique quâon voit aux belles statues. »
Si vous vous demandez comment cela peut sâĂ©crire, « la cĂ©lĂ©bration du monde » đđ»âš, ailleurs que « Sido » et « Les Vrilles de la vigne » dans lâĆuvre de Colette.
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