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Dans Le Temps retrouvĂ© đ°ïž, au grĂ© dâune sĂ©rie de rĂ©miniscences qui mettent en jeu la mĂ©moire involontaire đł et de nombreux souvenirs de sa vie passĂ©e, le narrateur en vient Ă exposer sa conception de lâart et de la littĂ©rature :
đïž Â«Â La vraie vie, la vie enfin dĂ©couverte et Ă©claircie, la seule vie par consĂ©quent rĂ©ellement vĂ©cue, câest la littĂ©rature ; cette vie qui, en un sens, habite Ă chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez lâartiste. Mais ils ne la voient pas, parce quâils ne cherchent pas Ă lâĂ©claircir. Et ainsi leur passĂ© est encombrĂ© dâinnombrables clichĂ©s qui restent inutiles parce que lâintelligence ne les a pas « dĂ©veloppĂ©s ». đïž
(âŠ) Alors, moins Ă©clatante sans doute que celle qui mâavait fait apercevoir que lâĆuvre dâart Ă©tait le seul moyen de retrouver le Temps perdu, une nouvelle lumiĂšre se fit en moi. Et je compris que tous ces matĂ©riaux de lâĆuvre littĂ©raire, câĂ©tait ma vie passĂ©e; je compris quâils Ă©taient venus Ă moi, dans les plaisirs frivoles, dans la paresse, dans la tendresse, dans la douleur, emmagasinĂ©s par moi, sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance mĂȘme, que la graine mettant en rĂ©serve tous les aliments qui nourriront la plante. đ±
Comme la graine, je pourrais mourir quand la plante se serait dĂ©veloppĂ©e, et je me trouvais avoir vĂ©cu pour elle sans le savoir, sans que ma vie me parĂ»t devoir entrer jamais en contact avec ces livres que jâaurais voulu Ă©crire et pour lesquels, quand je me mettais autrefois Ă ma table, je ne trouvais pas de sujet. » đ€
â Marcel Proust, Le Temps retrouvĂ©, 1927
Pléiade 1954 (éd. Clarac et Ferré), III, pp. 895 et 899
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