Je viens de terminer ma lecture de l’essai Antigone reine 📕, de Lolita Pille.
Je viens de terminer ma lecture de l’essai Antigone reine 📕, de Lolita Pille. Pour mon plus grand plaisir, elle y expose une vision optimiste et fière de la littérature, au sein de laquelle le style — le travail de la langue — est essentiel. ✨
Elle y cite abondamment l’Antiquité, les philosophes modernes, mais aussi de nombreux auteurs et autrices et notamment Sylvia Plath, Toni Morrison, Virginia Woolf… mais surtout Marcel Proust. 🤵🏻♂️🕰️
🖋️ « Proust, par sa littérature, provoque une autre sorte de métamorphose. Il nous transforme... en lui-même ; cet autre lui-même qu’est le narrateur d’À la recherche du temps perdu. Sa connaissance des situations et des mouvements du cœur humain est si pénétrante et il a pour la dire des mots si clairs et puissants que sa voix se confond avec notre propre voix intérieure. Proust, si étranger par son faste et son époque, s’impose comme notre semblable par sa vie intérieure, si bien que lisant À la recherche du temps perdu, il ne devient bientôt plus possible de déterminer avec certitude si nous sommes lui ou si nous sommes nous, où s’arrête Proust et ou « je » commence.
Cette littérature emmène par-delà la classe, la race, le sexe, le genre, lesquels ne déterminent pas moins l’alignement des astres sous lesquels un écrivain crée sa langue et rencontre son destin. Je pourrais difficilement ne pas m’apercevoir que Toni Morrison est une femme noire, Marcel Proust un homme blanc. Mais je pourrais difficilement ne pas m’apercevoir des affinités entre Proust et Morrison, ces deux poètes d’élite. Et à ma sensibilité personnelle, cette affinité entre eux apparaît plus évidente et plus forte qu’entre Proust et un homme qui serait le sosie de Proust par la classe, l’éducation, le mode de vie mais n’écrirait pas ; et de même entre Toni Morrison et une femme qui lui ressemblerait par ses caractères sociaux.
Notre identité est un polygone irrégulier. »
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